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Speak d’Emily Carroll

Melinda entre au lycée Merryweather de New York. Solitaire, elle n’a pas d’amis, parle peu. Très vite, l’on comprend que l’adolescente se débat avec un secret, un évènement qu’elle n’a pas réussi à surmonter et qui lui a donné une mauvaise réputation auprès des autres. Cet évènement a eu lieu lors d’une fête en août, fête interrompue après qu’elle ait appelé la police. Mais personne ne sait pourquoi…

J’ai eu un véritable coup de cœur pour cette oeuvre, tirée du roman de Laurie Halse Anderson intitulé Vous parler de ça. Le lycée est un monde impitoyable, et Melinda vient à peine d’y entrer, que déjà tout part en vrille. Ses rares amies lui ont tourné le dos, et elle est une paria. Dans l’esprit des gens, elle est la fille qui a appelé les flics et saboté la meilleure fête de tout l’été. Sauf que personne ne lui demande pourquoi.
Elle parle peu, ne participe pas en cours et ces notes s’effondrent.

Chez elle, ce n’est pas mieux. Fille unique, elle se retrouve au milieu de ses parents qui se disputent sans arrêt. Quand ils découvrent les notes en chute libre de leur fille, ils la réprimandent sans même chercher à comprendre ce qu’il se passe, pourquoi passe-t-elle de première de la classe à dernière ?

Le cours d’arts plastiques est le seul endroit où elle s’en sort. Le prof est d’ailleurs le seul qui semble voir que quelque chose ne va pas. Il la pousse à s’exprimer à travers l’art, à laisser parler ses sentiments. Melinda garde le silence, mais quelque chose se libère dans les compositions qu’elle rend.

A mi-chemin du livre, Melinda replonge dans son passé, elle se rappelle ce qu’il s’est passé ce soir-là… et nous aussi.

Les différentes phases d’un trauma

Speak, c’est le récit d’une reconstruction après une agression sexuelle. Cela commence par le mutisme, qui ne fait que gangrener la victime. La vie de Melinda est dans une spirale infernale.
D’abord, elle se tait. Si elle n’en parle pas, cela ne s’est pas passé. Donc elle garde le silence, tache de ne même pas y penser.
Mais la situation la ronge de l’intérieur, jusqu’à ce qu’elle se rappelle et se retrouve face au souvenir de cette soirée. La culpabilité la frappe de plein fouet. Elle était ivre, s’est laissée entraîner par ce garçon. Peut-être n’a-t-elle pas été assez claire ? Peut-être n’a-t-elle pas dit non ? Pourtant elle se souvient l’avoir dit…
Ensuite, il y a l’acceptation. C’est regarder les choses en face et accepter leur réalité. Oui, l’événement traumatisant à bien eu lieu. Non, elle n’est pas responsable mais victime. Oui, Melinda a bien été violée.
Enfin, il y a la prise de parole. De manière détournée, à l’écrit, une confidence à peine murmurée pour éviter qu’une autre ne soit aussi vitime. Cette parole libère. Melinda, en parlant, reprend le contrôle de sa vie. Elle ne subit plus. Ce n’est pas facile, mais c’est le début de la reconstruction.

Bien que j’aurais aimé que certaines choses soient un peu plus poussées (notamment la relation avec les parents), ce roman graphique est très bien construit. Le dessin est aussi important que le récit, surtout que l’art tient une place très importante dans le travail de reconstruction de Melinda. Certaines planches sont superbes, et presque plus parlantes que le texte. Le tout est équilibré et très touchant.

Un superbe roman graphique.


Titre : Speak | Auteur : Emily Carroll, d’après le roman de Laurie Halse Anderson | Editeur : Rue de Sèvres | Nombre de pages : 376 | ISBN : 978-2-36981-997-4

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