Roman

Mamie Luger de Benoît Philippon

Quand l’inspecteur Ventura, à la poursuite d’un couple de fugitifs, arrive sur la scène de crime, il est très surpris. Ses Bonnie and Clyde ont pris la tangente, aidée par Berthe, cent deux ans, qui vient de canarder son voisin pendant que les tourtereaux filaient en douce. Il sent que sa journée va être longue. Il est tellement loin du compte…

Dès que j’ai vu le bandeau “centenaire, féministe, et serial killeuse” j’ai eu envie de lire ce livre. Ce n’est pas le premier roman que je lis mettant en scène des personnes âgées et à chaque fois, j’ai beaucoup aimé. Malgré les épreuves de la vie, les personnages ont souvent cet humour et ce franc parler propres aux personnes qui sont au crépuscule de leur existence.

En ouvrant Mamie Luger, je ne sais pas à quoi je m’attendais exactement. Une histoire rocambolesque sûrement ? En fait, je ne sais plus car l’histoire de Berthe a balayé tout ce que j’avais pu imaginer. J’ai tout simplement dévoré ce livre, qui m’a fait passer par toute une gamme d’émotions. Je me suis même surprise par moment à retenir mon souffle dans l’attente de ce qui allait se passer.

Née en 1914, la petite Berthe ne connaîtra jamais son père, mort au front avant sa naissance. Sa mère ayant pris la tangente après sa naissance, c’est donc sa grand-mère, trafiquante d’alcool, qui va l’élever. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas bon d’être une femme seule dans un petit village du Massif Central au début du XXe siècle.

Berthe est une enfant sauvage, une adolescente curieuse et une femme à la sexualité affirmée dans un monde d’hommes. A cent deux ans, sa vie a été plus que remplie. Alors quand l’inspecteur Ventura lui demande de lui parler du Luger retrouvé chez elle, elle répond simplement qu’il appartient au nazi enterré dans sa cave. Très vite, l’enquêteur découvre que le nazi n’est pas le seul à reposer dans le sous-sol de la vieille dame.

Quand il commence à interroger Berthe, il n’est pas déçu. Car l’aïeul balance tout, et le récit qu’elle livre à l’inspecteur Ventura est riche en événements. La vieille dame parle de féminisme, d’émancipation sexuelle, de violence, de violence conjugale, de justice, de vengeance, de racisme, d’amour,… Elle nous parle d’un monde où rien n’est blanc, rien n’est noir. Où tout n’est qu’une question de survie. Même quand celle-ci suppose de braver la loi et de cacher un cadavre de plus dans sa cave.

D’ailleurs, elle le dit elle-même :

– T’y crois fort à ta loi, hein, Columbo ?
– Oui, Berthe, j’y crois.
– Ben moi, j’crois à la justice.
– Mais la loi est là pour ça.
– Quoi ? La loi et la justice, ce serait lié ? T’as fumé trop d’thé vert, mon grand.

Les répliques de cette mamie peu ordinaire sont toutes excellentes, à la fois caustiques et brutalement honnêtes. Elles apportent l’humour nécessaire pour contrebalancer la violence de son récit.

Ce roman m’a prise aux tripes. La plume de l’auteur est juste parfaite pour conter cette histoire et il arrive à traiter de sujets très forts sans paraître moralisateur. Derrière les actes monstrueux décrits par Berthe, j’ai surtout été profondément touchée par son humanité. Je l’ai écoutée, et elle m’a bouleversée. Je ne peux que vous encourager à faire de même. Ce roman sera certainement ma plus belle rencontre littéraire de cette année.


Titre : Mamie Luger     |     Auteur : Benoît Philippon     |     Éditeur : Les Arènes     |     Collection : Équinoxe

Nombre de pages : 447     |     ISBN : 9782352047322

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