Dans les coulisses

Le métier de bibliothécaire

Bonjour tout le monde !

En créant ce blog, je voulais partager mes lectures et autres divertissements, mais je souhaitais aussi vous faire partager des petites anecdotes de mon métier de bibliothécaire, et vous faire entrer dans les coulisses d’une bibliothèque.

Pourquoi ?

Parce qu’il y a quelques jours encore, une collègue est remontée de service public aussi amusée qu’agacée par la remarque d’une lectrice. La dame venait de s’inscrire et était très enthousiaste. Elle s’est présentée au bureau pour enregistrer ses prêts. Très aimable, très contente, elle s’est extasiée sur la bibliothèque. Et puis, elle a glissé cette petite phrase innocente :
« Vous en avez de la chance de pouvoir être bénévole dans un si bel établissement ! »

Cela n’avait rien de méchant, mais cela nous fait rire jaune, nous autres bibliothécaires. Des remarques comme ça, nous en avons tou-te-s entendu-e-s avec quelques variations.

« Vous en avez de la chance d’être payé pour lire ! »

« Ah bon, il faut faire des études pour être bibliothécaire ? »

« Mais vous travaillez quand la bibliothèque est fermée ? Mais vous faîtes quoi ? »

Voilà quelques-unes des réflexions que l’on peut entendre, avec plusieurs variations.

Je n’en veux pas aux gens de penser cela. Moi-même, ado, je me disais qu’elles devaient bien s’ennuyer ces bibliothécaires, à rester derrière leur bureau à réclamer le silence. Je dois vous avouer ne pas avoir fait bibliothécaire par vocation. A 18 ans, je devais bien choisir quoi faire après le bac, et comme je n’étais pas sûre de grand chose, à part que j’aimais les livres, je me suis lancée dans un DUT information-communication option métiers du livre, puis une licence professionnelle. C’est ce cursus qui m’a permis de lever mes propres préjugés sur la profession.

Immersion au cœur de la vie du livre

Durant trois ans, j’ai appris la complexité de la chaîne du livre, de la naissance de l’idée dans la tête d’un auteur au moment où le livre se retrouve dans vos mains, en passant par le travail de réécriture avec l’éditeur, la conception de la maquette, l’impression, la distribution, la diffusion (que ce soit en librairie ou en bibliothèque).
Il a fallu également apprendre toute la législation autour du livre, mais aussi des biens culturels (le droit de copie, le droit d’auteur, le droit à l’image, le droit de diffusion, etc.)
J’ai dû aussi plonger mon nez dans la fonction publique, découvrir son histoire, son fonctionnement. Puis, les politiques culturelles, documentaires,…

Et beaucoup d’autres choses : les notions de conservation des documents, de recherche documentaire, de création de sites web, de graphisme (avec des cours Photoshop), de maquette (avec la publication assistée par ordinateur), de catalogage (l’enregistrement des documents sur la base informatique selon un langage précis qui permet la recherche), de montage d’animations, etc. Bref, de beaucoup de choses.

Les études nous donnent des bagages pour faire notre boulot. Et puis il y a tout le reste, toutes ces tâches auxquelles personne ne nous a préparé pendant ces trois ans d’études.

L’arrivée sur le terrain, et la découverte de tout ce qu’il reste encore à apprendre

Il va y avoir les heures passées à enregistrer les prêts de vos documents, des heures à nous prendre pour une caissière au rythme des bip de la douchette.
Mais aussi l’équipement des livres avec la côte, l’antivole, la couverture, etc. Les milliers de livres à ranger et reclasser chaque mois. Les tonnes de documents à déplacer pour diverses raisons (mise en rayon, rangement, préparation d’animation ou mise en valeur des collection,…). Des colonnes de tableaux statistiques à remplir et analyser pour entretenir les collections, vous proposer une bibliothèque attractive et répondant à vos attentes, mais aussi rendre des comptes aux élus et défendre le budget.
Et puis il y a les interactions avec les lecteurs. Les différents publics qui se côtoient pour le meilleur et quelques fois le pire. Les relations qui se créent avec certains. Les tensions qui apparaissent avec d’autres. Les conflits à régler. Sans oublier ces personnes isolées qui viennent en bibliothèque à la recherche d’un contact humain, d’une oreille pour les écouter.

En fait, en travaillant en bibliothèque, je suis bibliothécaire, mais aussi : caissière, déménageuse, négociatrice, architecte d’intérieur, décoratrice, assistante sociale, informaticienne, reprographe, animatrice, community manager, surveillante, conteuse,…

Entrez dans les coulisses d’une bibliothèque

Ce que je vous propose pour cette partie du blog, c’est de vous montrer les coulisses d’une bibliothèque, de vous raconter ce qu’il se passe quand les portes sont fermées et de vous donner les clefs pour vous dépatouiller dans ces établissements quelques fois impressionnants et pas très intuitifs.

Par exemple, savez-vous que la majorité des bibliothèques dans le monde suit le classement décimal Dewey ? Ou que les sujets que nous appliquons aux livres pour que vous puissiez les retrouver s’appuie sur RAMEAU, un catalogue de mots matière géré par la BNF pour uniformiser les catalogues des bibliothèques françaises ?
J’aimerai également partager avec vous quelques anecdotes, quelques fois drôles, surprenantes ou plus émouvantes. Le tout sans jugement, juste pour vous montrer la richesse d’un métier polyvalent, en pleine mutation et qui a besoin d’être défendu dans un contexte de restrictions budgétaires fortes.

D’ailleurs, pour m’aider à satisfaire votre curiosité, je vous invite en commentaire à partager votre expérience et poser vos questions. Quels sont vos souvenirs de bibliothèque ? Fréquentez-vous une bibliothèque ou en avez-vous fréquenté une mais n’y allez plus ? Pourquoi ? Qu’aimeriez-vous savoir ? Comment voyez-vous le métier ?

N’ayez pas peur. Lâchez-vous. A vos claviers !

6 commentaires

  • Callysse

    Salut,
    Lorsque j’étais au Collège, s’inscrire au CDI pendant nos heures creuses nous permettait d’éviter la permanence où nous étions obligé de faire nos devoirs et de rester silencieux. Alors qu’au CDI, on pouvait bouger, se mettre en groupe, discuter doucement… et fureter dans les rayons. J’empruntais des livres pour me faire des auto-exposé sur les animaux, j’adorais ça^^ Je regrette de ne plus me souvenir des titres des livres qui m’ont marqué à l’époque.
    Aujourd’hui, je fréquente la bibliothèque de mon village dans laquelle je pille le rayon BD. J’emprunte plus rarement des romans car j’ai déjà une pile à lire conséquente mais aussi parce que peu de mes genres de prédilection s’y trouvent. Pas de New Romance par exemple (de toute façon ce genre est boudé par toutes les bibliothèques sans que je ne sache trop pourquoi, je n’en ai jamais vu un seul à emprunter), ni les sagas SFFF jeunesse à succès. C’est une petite bibliothèque mais c’est déjà bien d’en avoir une.
    Personnellement, bibliothécaire (ou libraire) est un métier qui m’aurait bien plu mais je n’étais pas une bonne littéraire à l’époque du lycée (et ne le suis toujours pas même si je lis beaucoup). Peut-être que si je pouvais parler à mon moi adolescente, je lui suggèrerais d’envisager les études que tu as fait. Après je n’étais pas autant passionnée par les livres qu’aujourd’hui. Je ne sais pas trop si j’aurais suivi ce conseil de vieille du coup XD
    Voilà pour mes réponses à tes questions. Merci à toi pour ce partage très instructif 🙂

    • Ladilae

      Hello,

      Merci pour ton partage !

      Tu sais je ne me vois pas comme une grande littéraire non plus. J’ai fait un bac SES et le français me gonflait tellement… Et je ne comprenais pas le principe des études de texte. « Alors, en écrivant cela, l’auteur a voulu dire que… » Mais comment savons-nous qu’il a voulu dire ça ? Il en a parlé ? Il a laissé des trucs écrits sur le sens profond de ses textes ? Parce qu’il est mort ! On ne sait pas ce qu’il a voulu dire, juste ce qu’on interprète. Bref, ça me rendait folle.

      Quant aux genres présents en bibliothèque… La France est malheureusement un pays très élitiste. Il est très dur, dans les structures d’accès à la culture, de mettre en avant la littérature « plaisir ». Je travaille dans une grande bibliothèque, en section adulte, et la littérature feel-good, ou la romance, étaient quasiment absentes des rayons. On avait à peine eu les Cinquante nuances, mais c’était presque contraints et forcés que mes collègues les avaient achetés. J’ai bataillé des années, expliqué que personnellement je ne me retrouvais pas dans les rayons jusqu’à obtenir un mini budget pour acheter de la romance. Pas un trop gros budget, car ce qu’on me donnait était déjà assez « pour ces bêtises ». Deux ans après, le budget a triplé car le fonds sort beaucoup. Certaines lectrices ont osé venir nous parler car voir ces titres (Todd, Higgins, Moncomble, Moyes,…) les ont fait se sentir à l’aise. Une dame un jour nous a avoué n’avoir jamais eu le courage de demander si on les avait, car elle ne pensait pas qu’on achèterait cela en bibliothèque.

      Aujourd’hui, je suis contente d’acheter cela et de voir que cela sort et plait aux usagers. Cela désacralise un peu la bibliothèque et son image de « temple de la culture ». Mais c’est compliqué de faire comprendre cela à certains collègues. Je sais que ce que j’achète ait souvent raillé par les autres, malgré le succès rencontré. Chaque commande entraîne des réflexions. (Je ne te raconte pas quand j’ai acheté la série After…). Mais cela vaut le coup, quand je vois que certains lecteurs.trices se sentent plus à l’aise à la bibliothèque en voyant ces livres.

      Je pense que j’écrirais un (ou plusieurs) article sur les différents entre bibliothécaires. Nous avons souvent de grands débats sur les missions des bibliothèques et nous sommes souvent jamais d’accord.

  • Kelyrin

    Il est vraiment super, ton article. 🙂 C’est vrai qu’en étant régulièrement à tes côtés, je me rends compte de la polyvalence de ton métier qui va (bien) plus loin que de juste ranger des bouquins et dire aux lycéens de réviser moins fort ! ^^ Je trouve ça super cette idée de série, que tu nous amènes avec nous dans ton quotidien. Mes plus beaux souvenirs de bibliothèque … je ne sais pas si je pourrais vraiment parler de souvenir, mais c’est cette émotion qui me prend à chaque fois, cette excitation mêlée à l’émerveillement lorsque j’arpente les rayons à l’idée d’avoir tout ce potentiel de savoir et de beauté à portée de main. 🙂 Gros bisous

  • Sardi Sonia

    J’ai décidé de devenir bibliothécaire quand j’ai ouvert un livre au CDI de mon ancien collège le soucis c’est que j’ai eu une brève expérience dans une bibliothèque et après avoir fait un Cap en reliure et un stage en bibliothèque, je suis sur que je veux devenir bibliothécaire. Mais je n’ai pas de Bac pour faire un DUT et je suis dans une impasse. Est ce que faire un bac pro alternance en gestion administration serait beaucoup mieux pour travailler en bibliothèque ?

    • Ladilae

      Les postes en bibliothèque se font rares malheureusement, et les structures demandent bien souvent un DUT info com option métiers du livre ou une licence pro. Le bac pro ne serait qu’un moyen pour t’ouvrir la porte du DUT, mais je ne suis pas sûre que cela t’aide plus pour obtenir un poste. Ton CAP montre déjà ton intérêt pour le secteur.

      Si tu es motivée, tu peux toujours postuler dans une structure, tenter les vacations, et chercher à multiplier les formations/stages. Je ne sais pas trop quelle est ta situation actuellement.

      Je dois cependant avouer que le milieu est saturé en ce moment. Il y a beaucoup de contrats courts (remplacement congé mat surtout), peu de long contrat,… « La culture coûte cher et ne rapporte rien, » que j’ai entendu un élu dire un jour. Et en ces temps d’économie budgétaire, les services cultures trinquent.

      Bon courage en tout cas !

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