Comics

I kill giants de Joe Kelly et JM Ken Niimura

Barbara est une jeune fille curieuse. Elle n’a pas d’ami, a une langue acérée et une tendance à la violence. Elle explique tout sereinement : c’est une tueuse de géants. Avec le marteau caché dans son sac, elle attend la prochaine apparition de l’ennemi, qui est toute proche.

Pendant une grande partie de cette histoire, je ne savais pas sur quel pied danser. L’attitude de Barbara est agaçante, pourtant, je sentais qu’il y avait quelque chose que j’ignorais. On ne peut pas être aussi agressive à 11-12 ans sans une bonne raison.
Les rares passages qui se passent chez elle ont confirmé cette impression. Sa grande sœur semble être responsable de la fratrie, et il n’y a aucune trace des parents. De plus, elle semble être au bout du rouleau.
Je me suis alors dit que Barbara s’était inventée un monde imaginaire pour s’échapper d’un quotidien trop dur. Si j’avais su…

Autant vous prévenir : il va m’être difficile de ne pas spoiler. Donc si vous ne voulez pas vous faire dévoiler une partie de l’intrigue, passez votre chemin.

A mesure que je tournais les pages, la tension du récit augmentait. L’agressivité de Barbara devenait ingérable. Elle a atteint un point de non-retour quand elle a frappé la psychologue du collège, qui tente de la faire parler depuis le début. Puis, la vérité à éclater.

Le géant qu’elle veut défaire, c’est le cancer qui ronge sa mère. Elle s’est inventée une quête, une mission, pour donner du sens à ce qu’elle ne peut accepter. Mais comment accepter de perdre sa mère ? Surtout si jeune !

J’ai eu du mal à retenir mes larmes, car cela a fait écho à une situation personnelle. Et malgré la différence d’âge entre elle et moi, j’ai compris ce qu’elle ressentait. Sa peur, mais aussi sa colère et son besoin de maîtriser quelque chose -n’importe quoi- pour ne plus être complètement impuissante.

Les deux auteurs abordent avec beaucoup de finesse et d’intelligence l’impact que la maladie a sur la famille, en particulier sur les enfants. D’ailleurs, peu importe l’âge que l’on a : comment fait-on pour accepter la mort d’un parent ? Dans le cas de Barbara, elle s’est imaginée en guerre contre un géant, guerre qu’elle ne peut gagner.
Les dessins de Niimura me font penser au manga, avec l’utilisation de trames et l’absence de couleurs. Ils sont expressifs, bien dosés et racontent à merveille le récit.
Le passage où apparaît l’ennemi est impressionnant. La tension est à son maximum, on vient de réaliser ce qu’il se passe vraiment, et le dessin de ce titan -gigantesque, sombre, menaçant- nous écrase, nous oppresse.

Ce comics m’a émue, m’a remuée, m’a touchée. J’ai eu mal pour cette enfant, qui ressent une peur viscérale à l’idée de perdre un parent.

En résumé, ce one-shot est une très belle surprise, tant par l’esthétisme que par le scénario. L’un comme l’autre retranscrivent avec justesse le combat de Barbara. J’ai été bouleversée par cette histoire touchante.


Titre : I kill giants | Auteurs : Joe Kelly (scénariste) / JM Ken Niimura (dessinateur) | Editeur : Hi comics | Nombre de pages : 240 | ISBN : 9782811223984

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