Roman

Bordeterre de Julia Thévenot

Le résumé

Une belle journée d’été, Inès, 12 ans, et son frère Tristan, 18 ans, bascule dans un autre monde. Ils se réveillent à Bordeterre, et tout transparents. Très vite, ils sont séparés. Tristan est envoyé au Temple, rejoindre les Débordés – tous ces enfants soudain orphelins, arrivés du Second plan. Alors qu’Inès est recueillie par Philadelphe, le capitaine de la Garde et aussi Cordiste. Chacun va devoir apprendre à vivre en Bordeterre.

Dans ce monde étrange, la magie existe, mais pour cela il faut deux ingrédients : un Chant et du Quartz. Les Cordistes pèchent ce dernier dans le lac Zéro, un endroit étrange peuplé de créatures muettes où il est très dangereux de s’y aventurer. On y capture également des petites créatures, qui sont ensuite dressées pour reconnaître et dénoncer les Chants interdits à la Garde.

Un univers hors du commun

Bordeterre est un roman surprenant, avec un univers très original. On en prend plein les mirettes dès le début. Par moment, j’avais l’impression d’être dans du Miyazaki. J’ai vu, après coup, que je n’étais pas la seule à penser cela. Les Transparents, les Cordistes, le Lac zéro, les Chants, le quartz, les Fléreurs, les Gardiens, l’Eau d’oubli,… ça fuse de partout, et ça fait un bien fou. Très vite, on a envie d’en savoir plus. Tout est tellement inattendu, qu’on est dans l’attente de la prochaine invention de l’autrice.

Dans cet univers surprenant, les personnages que l’on découvre le sont tout autant. On ne pourra pas dire qu’ils manquent de personnalité ! Bien au contraire ! Il y en a beaucoup, et tous ont eu la chance d’être vraiment bien développés. Du coup, on s’attache très vite à eux. Là encore, l’écriture incroyable de Julia Thévenot y est pour beaucoup. Elle a une manière complètement inattendue de retranscrire les émotions de ses personnages. Après la surprise, les images utilisées paraissent d’une telle évidence que l’on se demande pourquoi personne jusque là n’a eu l’idée de les utiliser.

Bon, vous l’avez compris, l’univers et les personnages de Bordeterre m’ont complètement conquise. Mais il n’y a pas que cela.

A Bordeterre, il y a une scission franche entre les Châtelains qui s’approprient les richesses, dictent leurs ordres, répriment violemment les plus faibles. Et les autres, les plus pauvres, les Débordés. Des êtres humains débarqués du Second plan, reconnaissables à leur transparence (transparence qui disparaît au fil des générations). Souvent des enfants qu’il est facile de réduire en esclavage, qui sont utilisés jusqu’à la corde puis remplacés quand trop usés. Bref, quelque chose sent mauvais en Bordeterre.
Les plus riches exploitent les plus pauvres, maintenus dans la misère par leur condition de Transparents, de Débordés. Mais comme dans toute société injuste et violente, des révolutionnaires naissent. Des êtres qui tirent de leur misère une profonde colère et qui se lancent sur le chemin de la guerre pour renverser la situation.

Un moment d’Histoire

Bordeterre, c’est l’histoire de cette révolution, de cette quête de reconnaissance, de cette envie d’un monde juste, où les forts n’exploitent pas les faibles, mais où tous apprennent à vivre ensemble, sur un même pied d’égalité. Le fonds de l’histoire est on ne peut plus classique. Cela me rappelle ce que nous a dit un professeur pendant mes études : « Depuis le temps que l’humanité existe, tout a déjà été dit, tout a déjà raconté. En cela, il n’y a plus rien d’original. L’originalité, elle vient de la manière dont l’histoire est racontée. »

Ce roman, c’est exactement ça. Tout est réuni pour nous embarquer dans un voyage hors du commun : l’histoire, l’univers tellement original, l’écriture tellement surprenante, les personnages tellement incroyables,… J’ai adoré l’aventure de Bordeterre.
D’abord, j’ai retrouvé ce que j’aimais chez l’autrice : sa pétillance, son originalité, sa manière unique et surprenante de voir et de décrire le monde. Puis, je me suis tranquillement installée à Bordeterre. J’y ai découvert les us et coutumes, j’ai appris à aimer les personnages. Et enfin, progressivement, j’ai senti le changement arrivé, nécessaire et inéluctable. Et là… là… J’étais déjà foutue. J’ai pleuré. Plusieurs fois. J’ai retenu mon souffle. J’ai morflé. Vraiment. J’en suis sortie abrutie, hébétée, comme si j’avais vraiment été moi-même au milieu des évènements.

Mon Dieu, j’aurais tellement de choses à dire ! Mais je ne peux pas le faire sans trop en dévoiler.

Un très gros coup de cœur

Bordeterre est sans contexte un gros coup de cœur. C’est original, surprenant, pétillant. Mais surtout, ça m’a embarquée, baladée, comme seuls les grands romans savent le faire. Vous savez, ces romans que vous finissez, mais qui vous gardent en eux. Vous refermez le livre, mais vous êtes encore dans l’univers, dans l’histoire. Parce que les mots vous ont happés tellement fort, tellement loin, que vous avez fait partie de l’aventure. Et comme les personnages, vous êtes sonnés et il vous faut un moment pour atterrir, pour redescendre. Bordeterre coche toutes les cases.

Alors, sans hésitation, achetez Bordeterre, lisez-le, soutenez-le, parlez-en autour de vous. Et surtout, gardez un œil sur Julia Thévenot.


Titre : Bordeterre     |     Auteur : Julia Thévenot     |     Éditeur : Sarbacane     |    Nombre de pages : 524     |     Date de publication : 4 mars 2020     |     ISBN : 9782377312252

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