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Batman White Knight de Sean Murphy

Dans un énième face à face, Batman et le Joker s’affrontent. Mais le chevalier noir dépasse les bornes, manquant de tuer son adversaire. Ce dernier avale un traitement, et se réveille à l’hôpital guéri de ses troubles mentaux. S’ensuit alors une nouvelle guerre entre Batman et Jack Napier (vrai nom du Joker) : celle de l’image, du sauvetage de Gotham. Et le héro n’est pas celui que l’on attend…

Quel tome ! Et un one-shot, cela ne fait pas de mal. Sean Murphy inverse ici les rôles. En guérissant le Joker, il met en lumière le côté sombre de Batman. Est-il vraiment le justicier qu’il prétend être ? Pourquoi agit-il toujours en toute impunité alors que chacune de ses interventions entraînent des dégâts matériels colossaux ? Ne déchaîne-t-il pas autant de violence que les super-vilains qu’il chasse ?

Batman et le Joker, histoire d’un amour impossible

Les deux figures mythiques de l’univers DC sont indissociables. Bien que l’homme chauve-souris ait de nombreux autres ennemis – que l’on retrouve d’ailleurs dans ce volume – sa vrai Némésis est le Joker. Ils semblent fonctionner comme un couple destructeur. D’ailleurs, c’est ce que Harleen Quinzel (alias Harley Quinn) explique à Jack Napier.

C’était facile de craquer pour toi. L’homme le plus excitant que j’avais jamais rencontré.Je n’avais pas l’impression d’être une criminelle. Seulement d’être libre.

J’ignore si tu m’as jamais aimée. Je ne suis pas sûre que tu aies été capable d’aimer. Je m’en fichais.

Mais ton obsession pour Batman ne faisait qu’empirer. C’était comme si je devais te partager. Je m’efforçais de capter ton attention comme tu t’efforçais d’attirer celle de Batman.

Et là j’ai compris que tu étais amoureux… mais ce n’était pas de moi.

Harley Quinn, p. 44

Mais même en n’étant plus le Joker, Napier reste obsédé par Batman. Il se lance dans une quête rédemptrice pour protéger Gotham des dégâts engendrés par Batman et le Joker. Et si le traitement a permis de faire disparaître le Joker, Batman est toujours en liberté. Le repenti se lance alors dans un travail de sape.

Batman, un justicier hors-de-contrôle

Petit à petit, Jack Napier réussit à retourner l’avis de la population, puis celle des dirigeants, contre Batman. En dénonçant les dégâts matériels causés par le justicier et en mettant à jour tout un système politique et économique dédiés à la réparation des dommages, il met en avant le caractère malsain de l’organisation à Gotham. Une organisation où la police ne fait pas son travail, où des super-justiciers travaillent de leurs côtés à chasser des super-vilains sans s’en rendre de compte à personne.

La dissension apparaît très vite au sein même des justiciers, qui remettent en cause les décisions et les actions commises par un Batman solitaire et hors de contrôle. Entre ses accès de violence et ses discours enragés contre un Napier repenti, difficile de ne pas être d’avis que oui, le justicier a perdu le contrôle.

Batman va progressivement perdre ses soutiens, que ce soit ses proches, ou ceux parmi la police, dont notamment Gordon.

Une remise en cause du statut de justicier

A travers cette histoire, Sean Murphy pose la question de la légitimité des justiciers. Avec des budgets parallèles, une police absente, les Gothamites n’ont-ils pas échangé une corruption contre une autre ?

Ici, les vilains ne sont que des accessoires pour s’interroger sur la nature des justiciers et leurs méthodes souvent violentes. Entre un Joker aux intentions nobles et un Batman qui avoue des raisons peu héroïques à ses actions, l’auteur rebat les cartes et montrent que l’équilibre entre le Bien et le Mal est bien plus instable qu’il n’y parait.


Titre : Batman White Knight | Auteurs : Sean Murphy (scénariste) / Matt Hollingsworth (dessinateur) | Éditeur : Urban Comics (DC black label) | Nombre de pages : 240 | ISBN : 9791026814368

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