Roman

600 heures dans la vie extraordinaire d’Edward Stanton de Craig Lancaster

La vie d’Edward Stanton, 39 ans, est millimétré à la seconde près ! De son réveil à 7h37, jusqu’à son coucher à minuit, en passant par le visionnage de sa série préféré à 22 heures. Il vit seul, ne travaille pas, repeint son garage tous les 2 ans (plusieurs fois !), note consciencieusement les données météorologiques du jour (disponibles le lendemain dans la Gazette de Billings, car les prévisions ne l’intéresse pas. Les prévisions ne sont pas des faits et seuls les faits comptent).
Bref, Edward est atteinte du syndrome d’Asperger et a des troubles obsessionnels compulsifs. Pourtant, il est autonome, et vit seul. Ses factures sont payés par son père, un homme politique de la région.
Quand Claire et son fils emménagent en face, son quotidien prend un tour inattendu…

Je ne savais pas trop à quoi je m’attendais en commençant cet ouvrage. Le résumé m’intriguait, et je pensais à toutes ces séries aux personnages intéressants atteints eux aussi d’Asperger, que ce soit Parenthood ou Atypical.
Les premières pages ont été assez pénibles. Le narrateur est Edward Stanton lui-même et son histoire est aussi structurée que sa vie. Le réveil, la mise à jour des données, le déjeuner, la peinture du garage, le dîner, le visionnage de l’épisode Badge 714, le coucher.
Il a peu, voire pas du tout, de relations sociales. Et quand il en a, ça ne se passe pas très bien.
Alors quand sa voisine (enfin le fils de celle-ci d’abord) débarque dans sa vie, il est d’abord agacé. Claire, elle, est assez méfiante de cet homme à l’attitude assez étrange que son fils aborde. Elle ne sait pas quoi en penser.
Les jours passent, selon le même schéma. Et c’est loooooong….

Un pas à la fois

Puis Edward prend confiance en lui. Petit à petit, il ose autre chose. Ce n’est pas grand chose, mais bon ! Il décide de cuisiner un steak, alors qu’il ne mange que des plats préparés (et toujours les mêmes).
Il s’inscrit également sur un site de rencontre, mais cela ne se passe pas vraiment comme prévu.
Et Claire et son fils entrent dans sa vie. Le petit garçon l’approche avec l’innocence de l’enfance. Sa mère est plus méfiante, mais quand Edward appelle la police alors qu’elle est agressée par son ex, elle s’ouvre un peu plus.
A ce moment-là, le roman est devenu plus intéressant. Finalement, je me suis rendue compte que j’avais fini par éprouver de l’empathie pour Edward. J’étais curieuse de voir comment sa relation allait évoluer avec ses nouveaux voisins.

La problématique du père

Tout doucement, l’objet du roman s’est centré sur la relation entre Edward et son père.
Il est le fils unique de ses parents. Son père est le secrétaire du comté. C’est avec lui qu’il a le plus d’interactions, et ce par avocat interposé. Il reçoit des courriers officiels pour tout et n’importe quoi. Mais surtout, au fil des pages, je me suis rendue compte que son père était à l’origine de son isolement. Soyons clairs, Edward n’est pas non plus du genre à avoir une bande de potes, avec qui il sortirait tous les soirs. Pourtant, le peu de relations qu’il tente d’avoir, son père le lui interdit en le menaçant de lui couper les vivres.
La relation entre le père et le fils est très compliquée. Stanton Senior passe uniquement par son avocat pour lui parler, et les dîners mensuels chez ses parents sont une source de stress pour l’autiste.
L’homme politique a-t-il honte de son fils ? Pourquoi ne parle-t-il pas avec lui ? Pourquoi l’empêche-t-il de nouer des contacts ? Est-il trop protecteur ? Protège-t-il sa carrière ?
Les questions sont nombreuses, car la relation entre les deux hommes est au centre de la vie d’Edward.

Le roman a quelques longueurs (type le résumé de chaque épisode de Badge 714 qu’il visionne. A la fin, je faisais de la lecture très rapide) et semble avancer très lentement. Pourtant, le roman décrit un moment clé de la vie d’Edward. Pour la première fois de sa vie, il envisage de sortir de sa routine, de prendre quelques risques, et surtout, de s’émanciper de son père. A 39 ans, il remet en cause certaines de ces habitudes et cherche à gagner en autonomie.
La fin est très émouvante et m’a bouleversée. J’en ai été la première surprise. Finalement, j’ai fini par éprouver beaucoup d’empathie pour lui. Edward se fait doucement une place dans notre cœur, sans que l’on ne s’en rende compte.
Sans être un coup de cœur, ce roman reste une belle découverte.


Titre : 600 heures dans la vie extraordinaire d’Edward Stanton     |     Auteur : Craig Lancaster     |     Éditeur : Milady     |    Nombre de pages : 411     |     ISBN : 978-2-8112-3324-2

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